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L'interview du chef d'entreprise

Retour d’expérience et conseils avisés de celles et ceux qui se sont lancés dans l’aventure de l’entreprenariat !

8 mars : en finir avec la journée de la femme ?

Oui, car « la journée de la femme » n’est autre qu’une abréviation trompeuse de « la journée internationale des droits des femmes ».

Voilà comment la majorité d’entre nous croit que les femmes sont célébrées pour la seule raison qu’elles sont… femmes !

Non ! Auquel cas, nous aurions en tant que femmes, brandi l’étendard de l’égalité pour les hommes et créé une journée rien que pour eux !

Il s’agit bien, de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Plusieurs sujets m’ont interpellée ces derniers temps en rédigeant la rubrique actualité du blog Entre dirigeants de PME. Un article sur les Mampreneurs tout d’abord. Néologisme apparu en 2008 sous l’impulsion de Céline Fénié et qui désigne des mamans devenues chefs d’entreprise afin de concilier vie de famille et vie professionnelle. Mais, tout en reconnaissant l’utilité de fédérer des personnes ayant les mêmes problématiques entre elles, une question me taraudait. Pourquoi catégoriser les mamans chefs d’entreprise ?

J’ai posé cette question à la coordinatrice de l’association Mampreneurs, Soazig Renault :

 

 

Pourquoi n’appelle t-on pas les « Mampreneurs » simplement des « chefs d’entreprise » ?

Ce sont des chefs d’entreprise à part entière mais qui en plus sont mère de famille et cherchent l’équilibre entre vie professionnelle et familiale, en étant très organisées et méthodiques dans ces deux aspects de leurs vies.

Actrices à part entière du monde économique, nous avons fait le choix de nous mettre à notre compte ou de créer notre entreprise pour gagner en liberté, et  surtout, trouver un équilibre entre vies personnelle et professionnelle.

 

D’après-vous cette dénomination révèle t-elle certaines inégalités en matière de droit du travail pour les femmes ? 

Non pas d’inégalité mais plutôt un état de fait lié à la maternité : ce sont encore en majorité les femmes qui gèrent la vie familiale, donc si elles décident de monter une entreprise, elles deviennent Mampreneurs pour concilier vie de famille et vie entrepreneuriale.

 

Des mamans chefs d’entreprise qui se sont donc regroupées sous le nom de Mampreneurs car aujourd’hui encore, même lorsqu’elles travaillent, « ce sont les femmes qui gèrent la vie familiale » et qui doivent « concilier ». Le point révélateur de l’inégalité homme/femme apparaît là. Lorsque les femmes deviennent mamans, décision dans la majorité des cas prise en couple, le statut de salarié devient bien souvent problématique comme en témoigne Sandrine Lavigne[1] :

 

 

« J’étais chargée d’affaires pour un groupe de certification de management d’entreprises, j’allais partout en France ce qui ne collait plus du tout avec ma maternité.

Je voyais bien que je ne pouvais pas partir une semaine par mois et faire mes déplacements sur Paris. Mon mari aussi était en déplacement et c’était très compliqué. C’est ce besoin de flexibilité qui a fait que je suis allée jusqu’au bout de la création d’entreprise. »

 

 

Un témoignage qui ne saurait être représentatif d’une majorité mais qui rejoint les problématiques des Mampreneurs : ces femmes montent leur entreprise pour que leur activité soit plus compatible avec leur nouveau statut de mère. Premier constat : ce sont les mères qui dans la majorité des cas abandonnent leur poste pour « gérer » la nouvelle vie de famille. Deuxième constat, même lorsqu’elle passe le cap de la création d’entreprise, une mère ne se dit pas chef d’entreprise mais se classe dans une catégorie : Mampreneurs car la création de son entreprise est intrinsèquement liée à la gestion de la famille. Rien à redire à cela, s’il s’agit affectivement d’un choix de carrière et non d’une affaire de conciliation.

Serait-ce uniquement aux femmes de faire concilier vie de famille et vie professionnelle ?

Un article paru dans l’emblématique magazine féminin Elle, "S’épauler la clé de la réussite", m’a redonné un peu d’espoir. Des couples qui s’épaulent et qui se relaient sont mis en avant et notamment des hommes aussi impliqués dans leur vie familiale que leurs conjointes. Morceaux choisis : « Le credo de ces couples ? S’épanouir chacun dans son boulot tout en construisant une famille. » « Toutes les décisions sont prises à deux. Comme celle d’aller chercher le petit dernier à la crèche. » Mais après avoir cru en la réalité de cette nouvelle dimension du couple voilà qu’arrive un bémol :

 

  

« L’égalité de statut, de responsabilités et de revenus dans le couple va mécaniquement renforcer la pression pour une répartition plus équitable des tâches domestiques. (…) Les pères même les plus impliqués, le sont beaucoup moins que leur femme qui travaille. »

 

 

Aïe, même chez les plus progressistes le combat ne serait pas gagné ! Un état de fait donc qui régnerait en maître sur la vie professionnelle des femmes. Quels chemins emprunter pour arriver à cette égalité tant convoitée ? D’autres discours, éclairent le sujet sous un nouveau jour en s’intéressant aux représentations des femmes chefs d’entreprise. Selon l’article, "Les 7 vraies ou fausses vérités sur l'entrepreneuriat féminin", publié par Chef d’entreprise.com :

 

 

«  En France, l'entrepreneur moyen, homme comme femme, a des enfants et une vie de famille. Les dirigeantes parviennent donc majoritairement à concilier leur vie privée et leur vie professionnelle. Toutefois, les représentations jouent un rôle important et l'âge de la dirigeante entre en considération.

Les femmes de moins de 40 ans ont une représentation plus égalitaire du couple où la question de l'enfant ne repose pas essentiellement sur elle, souligne Séverine Le Loarne. C'est donc souvent une problématique assez bien gérée. Pour celles de plus de 40 ans, certains stéréotypes dans la représentation de la femme peuvent rendre la question de la maternité plus compliquée". »

 

La génération des moins de quarante ans serait moins encline à endosser toutes les responsabilités familiales. Une nouvelle représentation de la femme au travail ou de la femme chef d’entreprise serait-elle en train d’émerger ? Une renégociation qui passerait par la solidarité du couple et la redéfinition des responsabilités familiales ?

Nul doute en tous les cas qu’il faille rendre visible ces nouveaux modèles pour inspirer et créer de nouvelles représentations des femmes chefs d’entreprise. Parmi les statistiques avancées dans le graphique ci-dessous (extrait de l'article "Les 7 vraies ou fausses vérités sur l'entrepreneuriat féminin"), un pourcentage en particulier en dit long sur le chemin à accomplir :

« 45% des femmes n’osent pas se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat par peur d’échouer et de ne pas être à la hauteur. »

Peut-être une des raisons les plus alarmantes dans ce tour d’horizon des femmes et de leur relation à la création d’entreprise, devrait-on dire ici, dans l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes.

Vestige d’une époque où les femmes étaient cantonnées à la maison ?

Si tel est le cas, on mesure à quel point il est dangereux d’assigner des rôles et de cantonner les femmes, plus généralement, les individus, dans un registre.

 

On comprend dès lors, ce qui a été entrepris avec les Mampreneurs. Soazig Renault dit à propos de la dénomination Mampreneur qu’elle a permis « une mise en lumière de ses femmes chefs d’entreprises qui souhaitent voir grandir leurs enfants en leur transmettant un modèle d’épanouissement et d’indépendance ».

Et c’est effectivement de modèles dont nous avons besoin pour tendre vers plus d’égalité dans le domaine du travail. Si les Mampreneurs ont généré tant d’engouement c’est aussi car elles ont été sources d’inspiration. Elles ont dit : « oui on peut être maman et on peut être chef d’entreprise, on peut tout concilier. » Mais peut-être non t’elles pas tout dit et peut-être est-il temps de laisser plus de place aux hommes dans cette grande affaire de « responsabilité familiale » afin que les mères chefs d’entreprise soient simplement des chefs d’entreprise.



 

[1] La semaine prochaine, retrouvez les interviews de Sandrine Lavigne, directrice de Planicook; Hélène Brondel, Photographe à son compte et Mansouria Belmère, créatrice de bijoux ethniques dans le cadre de notre dossier sur les Mampreneurs. 

 

Ecrit par mathilde le lundi 02 Mar 2015

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